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Cas de rachitisme : le lait maternel vraiment en cause?

Publié le :
Par : L’équipe de nutritionnistes de Nourrir la vie | Dispensaire diététique de Montréal
Une maman allaite son enfant

Le 19 novembre dernier, La Presse a publié un article bouleversant intitulé « Un cas troublant de rachitisme et de malnutrition chez un bébé ». On y énonce une situation de négligence parentale survenue il y a quelques mois à Montréal.

Cet article révèle, entre autres, que :

  • le bébé en question, âgé de 15 mois :
    • ne pesait que 6 kg, soit le poids moyen d’un nourrisson de seulement 2 mois et demi;
    • souffrait de multiples carences nutritionnelles, dont la vitamine D, le phosphore et le calcium;
    • se nourrissait quasi uniquement de lait maternel.
  • la mère allaitante suivait une diète végétalienne restrictive : son alimentation se résumait aux fruits, ou presque.

Le rachitisme

Le rachitisme est une maladie causée par une carence en vitamine D chez les enfants en pleine croissance osseuse. Un enfant atteint de cette maladie aura des os plus mous qui se cassent plus facilement.

Le végétalisme chez la mère allaitante

Tout d’abord, rappelons qu’une alimentation végétalienne équilibrée et variée peut être sécuritaire pour une mère allaitante, tout comme pour une femme enceinte et un bébé. Par contre, comme la vitamine B12 se retrouve majoritairement dans les produits de source animale, la prise de celle-ci sous forme de supplément s’avère généralement indispensable. La concentration en vitamine B12 du lait maternel dépend d’ailleurs grandement de sa présence dans l’alimentation de la mère. Cette vitamine joue un rôle important dans la croissance du tout-petit. Une carence en vitamine B12 peut, (entre autres), mener à l’anémie et à des atteintes neurologiques. Pour minimiser le risque de carences, le Dispensaire recommande aux femmes végétaliennes enceintes ou allaitantes de consulter une nutritionniste. Le suivi nutritionnel est d’autant plus important chez les tout-petits dont l’alimentation exclut tout produit d’origine animale.

Dans le cas soulevé par l’article, les fruits constituent l’essentiel de l’alimentation de la mère allaitante. Rappelons qu’une alimentation variée et équilibrée devrait contenir des aliments de tous les groupes alimentaires. De plus, aucune mention n’est faite quant à la prise d’un supplément quelconque.

Mais la source du problème provient-elle vraiment du fait que le lait maternel de cette mère n’était pas assez nutritif pour son poupon? Pas tout à fait…

L’introduction des aliments complémentaires

Selon le Dispensaire, le plus inquiétant dans le cas soulevé par l’article n’est pas la qualité du lait maternel. La principale problématique demeure le fait que le nourrisson était encore presque exclusivement allaité à 15 mois. Qu’il soit riche en nutriments ou pas, le lait maternel à lui seul ne suffit pas à répondre aux besoins d’un bébé de cet âge. Ce dernier ne pourra pas combler les besoins en calories, en protéines, en fer, en zinc, en vitamines A et D. Le Dispensaire recommande l’introduction des aliments complémentaires sans tarder dès qu’un bébé démontre tous les signes qu’il est prêt. Généralement, ces signes apparaissent aux alentours de l’âge de 6 mois. Une introduction des aliments complémentaires tardive peut nuire à la croissance du bébé et au développement de son comportement alimentaire.

Un supplément de vitamine D

Pour les enfants qui ne boivent pas de lait de vache ou une boisson de soya enrichie en vitamine D, il est recommandé de donner un supplément de 400 UI par jour. Dans le cas rapporté par La Presse, le tout‑petit buvait presque uniquement du lait maternel; il avait donc certainement besoin d’un supplément de vitamine D. En effet, le diagnostic de rachitisme chez l’enfant laisse présumer qu’il ne recevait pas un tel supplément.

Un mot sur les boissons végétales

Dans les années 1960, l’ajout obligatoire de vitamine D dans le lait de vache au Canada avait permis de réduire considérablement les cas de rachitisme.

Or, selon le Dr Chicoine, les carences en vitamine D menant au rachitisme pourraient prendre de plus en plus d’ampleur au pays en raison du nombre grandissant de personnes qui adoptent des régimes alimentaires très stricts. Ces diètes restrictives impliquent souvent l’exclusion du lait de vache. Les boissons végétales (boisson de soya, d’amande, de riz, d’avoine, de noix de cajou, etc.) gagnent en popularité. Toutefois, toutes ces boissons végétales ne remplacent pas nécessairement adéquatement le lait de vache. La lecture de l’étiquette permet d’obtenir plus de détails sur l’enrichissement de la boisson végétale. Cet article traite des boissons de remplacement du lait et suggère l’âge pour commencer à les consommer.

Le Dispensaire recommande à tout parent qui s’inquiète ou s’interroge sur l’alimentation de son enfant de consulter un ou une nutritionniste. De tous les professionnels de la santé, c’est la seule personne spécialiste de l’alimentation.